| Folia Pharmacotherapeutica |
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| Article, Octobre 2002 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Usage rationnel des benzodiazépines
Par rapport aux pays voisins, la Belgique est un très gros consommateur de benzodiazépines. Il ressort d’une étude que plus de 10% de la population belge prend quotidiennement une benzodiazépine. Ce qui est inquiétant, c’est que les benzodiazépines sont surtout prescrites aux personnes âgées qui sont particulièrement sensibles aux effets indésirables. Les benzodiazépines sont utilisées comme sédatifs et hypnotiques, anxiolytiques, myorelaxants et anticonvulsivants. Dans cet article, nous nous limitons à l’insomnie et l’anxiété, étant donné que ce sont les deux principales indications pour lesquelles les benzodiazépines sont prescrites. Les effets indésirables des benzodiazépines sont d’abord brièvement discutés. Pour l’énumération des différentes molécules, de leurs conditionnements, posologies etc., nous renvoyons au Répertoire Commenté des Médicaments. Effets indésirables des benzodiazépinesL’effet sédatif des benzodiazépines peut être gênant et dangereux. L’utilisation des benzodiazépines comme hypnotique peut entraîner un effet résiduel ("hang-over") qui peut durer parfois plusieurs heures. Une sédation prolongée et exagérée peut survenir, surtout à des doses élevées, chez les personnes âgées (risque d’amnésie rétrograde, de chute avec fracture de la hanche), en cas d’affections hépatiques, et lors de l’utilisation concomitante d’autres médicaments à effet dépresseur ou d’alcool. Des réactions dites paradoxales avec aggravation de l’insomnie, anxiété, voire même agressivité ont été décrites avec différentes benzodiazépines. Lors d’un usage chronique, de la tolérance aux effets thérapeutiques et aux effets indésirables des benzodiazépines apparaît. Après quelques semaines, une dépendance psychique et physique se manifeste, et à l’arrêt brutal du traitement, des manifestations de sevrage peuvent survenir (voir plus loin). Benzodiazépines dans l’insomnieSont-elles efficaces ?Presque toutes les études contrôlées par placebo indiquent que les benzodiazépines sont plus efficaces qu’un placebo pendant la première semaine de traitement. A partir de la deuxième semaine, il n’y a par contre plus de différence significative. De plus, on a observé que lors d’un arrêt brutal après quelques semaines de traitement, les sujets qui prenaient des benzodiazépines présentaient à nouveau de l’insomnie et parfois même de manière plus prononcée qu’auparavant (" effet rebond "). Dans les études qui ont comparé les benzodiazépines à des traitements non pharmacologiques, les benzodiazépines ont l’avantage d’agir immédiatement. D’autres médicaments sont-ils meilleurs ?
Choix d’une benzodiazépine dans l’insomnieLors de ce choix, la demi-vie peut être un critère. En fonction de la demi-vie, on classe les benzodiazépines en trois groupes: celles de courte durée d’action, celles de durée d’action intermédiaire et celles de longue durée d’action (voir liste plus loin). Il est logique qu’au début le choix se portait souvent sur des molécules à courte durée d’action, dans le but surtout d’éviter un effet résiduel. Ces molécules peuvent cependant donner lieu plus souvent à des réactions paradoxales, et les manifestations de sevrage sont également plus fréquentes et plus sévères. Les molécules à longue durée d’action ne sont pas recommandées étant donné le risque accru de sédation persistant pendant la journée, ce qui est certainement le cas lors de prises répétées. Si l’on choisit une benzodiazépine comme somnifère, la préférence sera accordée à une molécule à durée d’action intermédiaire. Etant donné les grandes différences individuelles de sensibilité aux effets thérapeutiques et aux effets indésirables, il est important de débuter par une dose faible. Chez les personnes âgées et les personnes avec des affections hépatiques ou rénales, les doses nécessaires doivent être encore moindres. Les benzodiazépines ne seront administrées que pendant une semaine tout au plus. Si le traitement doit être prolongé plus longtemps, une prise alternée est recommandée (par ex. prise du médicament une nuit sur deux ou sur trois). Traitement non médicamenteux de l’insomnieDes données récentes de la littérature indiquent que les médicaments n’ont qu’une place limitée dans la prise en charge globale de l’insomnie. En premier lieu, le médecin doit évaluer quels sont les facteurs sous-jacents qui peuvent être traités, par ex. des troubles thyroïdiens ou pulmonaires (BPCO), des problèmes psychosociaux, des conflits relationnels, une démence débutante, une intoxication (café, alcool, drogue) ou la prise de certains médicaments (corticostéroïdes, théophylline), une perturbation du rythme nycthéméral due p. ex. à un travail en équipes ou à un décalage horaire, un syndrome d’apnées du sommeil. Les médecins peuvent enseigner les bases d’une bonne hygiène du sommeil.
En cas de réveil nocturne et de difficultés à se rendormir, il est recommandé d’effectuer une activité calme (lecture, travail manuel). Un sentiment spontané de somnolence peut ainsi favoriser le réendormissement. De nombreuses interventions non pharmacologiques ont été testées dans l’insomnie. Avec ces traitements, le délai moyen d’endormissement est raccourci de 12% et la durée de sommeil est augmentée de 35%. Différentes méthodes peuvent être proposées parmi lesquelles relaxation ou thérapie comportementale cognitive. Les interventions non pharmacologiques sont efficaces à partir de la deuxième semaine et de façon durable, et ne présentent pas d’effets indésirables. Médecins et autres professionnels de la santé peuvent se familiariser aux techniques de relaxation et de thérapie comportementale cognitive simple. Certaines formes rebelles doivent toutefois être adressées à des thérapeutes spécialisés dans la thérapie comportementale cognitive, faisant partie ou non d’un Centre de Santé Mentale. Il est toutefois clair que pour beaucoup de personnes, le pas vers une telle prise en charge soit difficile à faire. Dans des cas exceptionnels, il sera nécessaire d’orienter les patients vers un centre d’étude du sommeil ou un laboratoire de neurophysiologie clinique. Benzodiazépines dans l’anxiétéSont-elles efficaces ?Des études cliniques correctement conduites montrent que les benzodiazépines sont efficaces dans toutes les formes d’anxiété. Leur grand avantage est que, contrairement aux médicaments comme les antidépresseurs ou la buspirone, elles agissent immédiatement. Etant donné que l’anxiété est le plus souvent un problème permanent, l’effet anxiolytique devra aussi s’exercer pendant la journée. Cela signifie que ce seront surtout les effets sédatifs qui poseront des problèmes, et que la conduite de véhicules ou l’usage de certaines machines en seront compromis. Le problème le plus important reste toutefois la durée du traitement. Etant donné que la plupart des troubles anxieux persistent plusieurs mois à plusieurs années malgré un traitement adéquat, les benzodiazépines seront souvent utilisées pendant une période prolongée, et une dépendance physique et psychique apparaîtra après quelques semaines. D’autres médicaments sont-ils meilleurs ?
Choix d’une benzodiazépine dans l’anxiétéL’anxiété étant le plus souvent un problème chronique, survenant également pendant la journée, il va de soi que le choix doit se porter sur une benzodiazépine à longue durée d’action. Le diazépam est dans ce cas la molécule de référence. Assez curieusement, les études cliniques ont surtout été réalisées avec l’alprazolam, à durée d’action intermédiaire, qui comme on pouvait s’y attendre, ont donné des résultats positifs. Prise en charge de l’anxiétéPlusieurs revues systématiques comparant les différentes thérapies ont été publiées récemment.
Arrêt progressif des benzodiazépinesCes dernières années, des études ont montré, également en Belgique, que chez un bon nombre de personnes, y compris les personnes âgées, les benzodiazépines peuvent être arrêtées avec succès, à condition de le faire progressivement, et éventuellement après être passé à une benzodiazépine à longue durée d’action. Pourquoi sevrer?
Chez qui cet arrêt peut-il être envisagé ?Seuls les patients motivés peuvent être concernés. La chance de réussite est difficilement prévisible. Le jeune âge est un facteur favorable tandis que l’utilisation très prolongée, des doses élevées, et la gravité des plaintes pour lesquelles les benzodiazépines ont été prescrites sont des facteurs plutôt défavorables. Les patients qui prennent des doses très élevées, les patients avec des antécédents d’épilepsie, et les patients qui sont aussi devenus dépendants à d’autres médicaments, à l’alcool ou à des drogues, seront de préférence adressés à un médecin spécialisé, que ce soit ou pas en vue d’une hospitalisation. Remplacement par une benzodiazépine à longue durée d’actionEn cas d' utilisation d' une benzodiazépine de durée d' action intermédiaire ou courte, il est recommandé de passer à une benzodiazépine de longue durée d' action, par ex. le diazépam. Les benzodiazépines de durée d' action intermédiaire ou courte sont en effet rapidement éliminées, ce qui entraîne des variations importantes des concentrations plasmatiques entre les prises, pouvant donner lieu à des manifestations de sevrage. Le remplacement par une benzodiazépine de longue durée d' action doit se faire de manière progressive. Si le patient prenait la benzodiazépine en plusieurs prises par jour, il est préférable de remplacer une dose à la fois: on débute le plus souvent par la dose prise au coucher. A moins que des doses très élevées ne soient utilisées, il est préférable de ne pas encore diminuer la dose pendant la période de remplacement. Une fois la dose équivalente atteinte, la dose de diazépam peut être progressivement diminuée. Une liste d' équivalences pouvant servir de référence lors du remplacement par le diazépam se trouve à la fin de l' article. Schéma dégressifL’arrêt de la prise chronique de benzodiazépines doit se faire lentement avec une diminution progressive de la dose de la benzodiazépine utilisée (ou du diazépam en cas de remplacement par celui-ci) qui s’étend sur plusieurs mois.
Ce processus de réduction progressive des doses peut être facilité par le recours aux préparations magistrales. Un exemple: un patient prend depuis plusieurs années 2 mg de lormétazépam tous les soirs. D’après la liste d’équivalences, cela correspond à environ 10 mg de diazépam. La prescription suivante est donnée au patient: R/ Diazépam 10 mg, DT 10 gelules, S/ 1 le soir. Le patient sera revu tous les 10 jours, et si l’évolution est favorable, la dose de diazépam pourra être diminuée de 10%: diazépam 9 mg etc Une bonne collaboration avec le pharmacien trouve ici toute son importance. Quelles sont les manifestations de sevrage ?Les symptômes aigus sont psychiques (nervosité, insomnie, hallucinations, troubles de la concentration, agressivité) et/ou physiques (céphalées, tics, tremblements, sudation, paresthésies, troubles gastro-intestinaux,). La plupart des manifestations aiguës de sevrage sont des manifestations d’angoisse. Des symptômes graves tels des réactions maniaques, des manifestations psychotiques ou des convulsions sont plus rares. Certains symptômes sont plus caractéristiques d’un sevrage aux benzodiazépines, en particulier l’hypersensibilité aux stimuli sensoriels (bruit, lumière, toucher, goût, odeur) et les troubles de la perception (par ex. impression que le sol tremble, ou que les murs ou le sol sont de travers). Un sentiment de dépersonnalisation semble survenir plus fréquemment chez les sujets angoissés. Chez 10 à 15% des patients, les manifestations de sevrage ne disparaissent qu’après plusieurs mois, voire plusieurs années. On n’en connaît pas clairement la raison. Les principaux symptômes de sevrage de longue durée sont l’angoisse, l’insomnie, la dépression, divers symptômes sensoriels et moteurs, des troubles gastro-intestinaux, ainsi que des troubles de la mémoire et des troubles cognitifs. Un traitement adjuvant est-il nécessaire ?Outre la thérapie comportementale classique, il existe des mesures non médicamenteuses telles la thérapie comportementale cognitive, la relaxation et la thérapie de groupe. Il existe aussi des mesures médicamenteuses, mais celles-ci ne sont pas recommandées de manière systématique.
Note de la rédactionCe texte sur les benzodiazépines est basé entre autres sur des articles parus précédemment dans les Folia, en particulier "Le traitement du trouble panique" ( Folia de de février 1998 ), "Traitement médicamenteux de l’insomnie" ( Folia d’ avril 1999 ), "Le traitement médicamenteux du trouble anxieux généralisé" ( Folia d’ octobre 2001 et de mai 2002 ) , "Risque de dépendance au zolpidem" ( Folia de décembre 2001 ) . Une autre source d’information importante pour cet article, surtout en ce qui concerne l’anxiété, a été Clin Evid : (7ème édition, 2002) . La liste complète des références peut être obtenue sur demande à l’adresse de correspondance. Liste d’équivalences*Les équivalences du diazépam 10 mg sont les suivantes:
Subdivision en fonction de la demi-vie*
* Répertoire Commenté des Médicaments, édition 2001 |
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