Le nouveau guide de pratique clinique du WOREL dédié aux soins de suite oncologiques en soins primaires décrit la place des interventions médicamenteuses dans la prise en charge des symptômes les plus courants durant la phase de suivi. Ces interventions s’inscrivent dans le cadre d’une prise en charge intégrée, en association avec des mesures non pharmacologiques et un soutien psychosocial.
Messages clés
Le guide de pratique multidisciplinaire du WOREL sur les soins de suite oncologiques en soins primaires formule un certain nombre de recommandations quant à la prise en charge de symptômes fréquemment rencontrés après un traitement oncologique :
Le guide de pratique multidisciplinaire du WOREL (2025) sur les soins de suite oncologiques en soins primaires a été élaboré en vue de soutenir les professionnels de santé de première ligne dans le suivi de patients adultes oncologiques et non hospitalisés, après la fin d’un traitement curatif (avec une hormonothérapie ou une immunothérapie éventuellement toujours en cours). Cette nouvelle directive multidisciplinaire traite à la fois des interventions médicamenteuses et non médicamenteuses, ainsi que des aspects organisationnels des soins de suite oncologiques dans le contexte belge.
Nous nous concentrons ici spécifiquement sur les recommandations pharmacologiques du guide de pratique pour traiter les symptômes courants dans les soins de suite oncologiques, notamment la douleur, la fatigue, l’anxiété et la dépression.
Environ un tiers des personnes atteintes d’un cancer signalent une douleur persistante durant la phase de suivi. Celle-ci implique bien souvent une composante neuropathique. Le guide de pratique clinique du WOREL recommande une évaluation systématique de la douleur (nature, intensité et impact fonctionnel). En présence de symptômes douloureux nouveaux ou aigus, une récidive ou une progression du cancer doit toujours être exclue.
Le guide de pratique multidisciplinaire formule des recommandations pour la prise en charge pharmacologique de la douleur durant la phase de suivi :
En cas de contrôle insuffisant de la douleur ou de problématique douloureuse complexe, le guide de pratique clinique recommande d’orienter le patient vers un spécialiste en temps utile, de préférence dès le début de la prise en charge.
La fatigue est un symptôme invalidant et très fréquent dans les soins de suite oncologiques.
En ce qui concerne la fatigue liée au cancer, le guide de pratique clinique ne formule aucune recommandation en faveur d’un traitement pharmacologique systématique. La prise en charge est essentiellement non médicamenteuse ; la pratique régulière d’une activité physique est essentielle et des interventions psychosociales peuvent être envisagées. Les compléments alimentaires, vitamines et minéraux ne sont pas recommandés pour la majorité des survivants du cancer. Ils ne remplacent en aucun cas une alimentation saine.
L’anxiété et la dépression sont fréquentes dans les soins de suite oncologiques et peuvent perdurer longtemps.
Le guide de pratique clinique du WOREL précise que la pharmacothérapie occupe une place limitée mais ciblée dans les soins de suite oncologiques. Pour plusieurs interventions, les preuves disponibles sont limitées et bien souvent, ne proviennent pas d’études menées spécifiquement auprès de patients oncologiques en phase de suivi. L’implémentation de ces interventions doit donc se faire de manière prudente et ciblée avec une réévaluation régulière de leur efficacité, de leurs effets indésirables et de leur nécessité.
Le traitement de la douleur, en particulier, doit être nuancé. En effet, lors de la phase de suivi, on passe d’une douleur active liée au cancer à une douleur persistante qui présente davantage les caractéristiques d’une douleur chronique. Dans ce contexte, la place des opioïdes devient plus controversée : ils ne sont envisagés que chez des patients soigneusement sélectionnés, à la dose minimale efficace, pour une durée aussi courte que possible et doivent faire l’objet d’un suivi étroit.
Il est nécessaire de mener davantage d’études s’intéressant spécifiquement à des patients oncologiques en soins de suite, compte tenu de la fréquence des douleurs, de la fatigue, de l’anxiété et de la dépression chez ces patients qui sont par ailleurs de plus en plus nombreux.
Les médecins généralistes et les pharmaciens ont un rôle important à jouer dans les soins de suite oncologiques en dépistant et en assurant le suivi systématique des symptômes, en favorisant un usage rationnel et sûr des médicaments et en accompagnant activement les patients dans un cadre multidisciplinaire. Le message du guide de pratique clinique est clair : la pharmacothérapie peut soulager, mais uniquement lorsqu’elle s’inscrit dans un parcours de suivi plus large et personnalisé.