Fin 2025, Robert F. Kennedy Jr., ministre américain de la Santé, relançait le débat sur la présence d'aluminium utilisé comme adjuvant dans les vaccins. Kennedy, qui avait déjà critiqué à plusieurs reprises la présence d'aluminium dans certains vaccins, a été jusqu’à tenter de faire retirer une grande étude danoise à ce sujet. Dans cet article, nous décryptons l'étude danoise en question et réfutons les critiques qui sont formulées au sujet de l'aluminium dans les vaccins.
Messages clés
Les sels d'aluminium (hydroxyde d'aluminium, phosphate d’aluminium ou sulfate de potassium et d'aluminium) sont ajoutés depuis les années 1950 comme adjuvants aux vaccins non vivants. Ces adjuvants servent à «retenir» les composants actifs du vaccin au point d'injection et à y attirer les cellules du système immunitaire pour améliorer la réponse immunitaire. La quantité d'aluminium dans les vaccins est minime (0,125 mg à 1 mg par dose).
Les détracteurs associent la présence d'aluminium dans les vaccins à l'apparition de diverses maladies infantiles, notamment des troubles neurodéveloppementaux tels que l'autisme. Certains critiquent aussi la présence de thiomersal dans les vaccins, qui serait elle aussi liée à l'autisme selon eux. Cette dernière critique a emergé après la publication d'une étude de 1998 (Wakefield et al, 1998) qui s’est révélée être frauduleuse et a été retirée depuis. D’autres études de meilleure qualité ont entretemps été menées à grande échelle. Aucune de ces études n’a trouvé une association entre la présence de thiomersal et la survenue d'autisme. En Belgique, il n'existe plus aucun vaccin contenant du thiomersal.
En juillet 2025 était publiée une étude de cohorte menée à grande échelle, ayant évalué la sécurité des vaccins contenant de l'aluminium chez plus de 1,22 million d'enfants danois.
Au total, 50 maladies chroniques ont été étudiées, dont 36 maladies auto-immunes, 9 atopies/allergies et 5 troubles neurodéveloppementaux (dont l'autisme et le TDAH).
Les chercheurs ont examiné si le risque augmentait avec l'exposition à l'aluminium, en utilisant pour cela le modèle de régression de Cox. Les résultats ont notamment été ajustés sur les facteurs de confusion suivants : année et saison de naissance, âge, antécédents médicaux de la mère, poids à la naissance et facteurs socio-économiques.
L’analyse incluait 1 227 176 enfants, dont 1,2 % n'avaient reçu aucun vaccin contenant de l'aluminium. La quantité médiane d'aluminium à laquelle les enfants avaient été exposés était de 3 mg.
L'exposition cumulée à l'aluminium n'était pas associée à une augmentation statistiquement significative du risque à l'âge de 5 ans, pour aucun critère d'évaluation primaire.
Le rapport de hasards (RH) était de 0,98 (IC à 95% de 0,94 à 1,02) pour les maladies auto-immunes. L'asthme était le résultat le plus fréquemment observé (RH 0,96 (IC à 95% de 0,94 à 0,98)), suivi de la dermatite atopique (RH 1,02 (IC à 95% de 1,00 à 1,04)) et la rhinite allergique (RH 0,99 (IC à 95% de 0,97 à 1,01)).
Pour les allergies ou atopies, le RH était de 0,99 (IC à 95% de 0,98 à 1,01) et pour les troubles neurodéveloppementaux, de 0,93 (IC à 95% de 0,90 à 0,97). En ce qui concerne spécifiquement le syndrome d'Asperger, le RH était de 1,13 (IC à 95% de 0,89 à 1,44).
Faute de puissance statistique suffisante, de légères augmentations du risque ne peuvent être totalement exclues, en particulier pour certaines maladies plus rares.
Dans une analyse secondaire ayant suivi des enfants jusqu'à l'âge de 8 ans, une exposition plus importante à l'aluminium n'était pas associée à un risque accru de troubles du développement : le RH pour une augmentation de 1 mg de l'exposition à l'aluminium était de 0,95 (IC à 95% de 0,92 à 0,97) pour l'autisme, et de 0,92 (IC à 95% de 0,90 à 0,94) pour le TDAH.
La principale limite de cette étude est la durée de suivi limitée pour les troubles neurodéveloppementaux. Les données ont été analysées jusqu’à l’âge de 5 ans, alors que certains troubles du développement (tels que l’autisme et le TDAH) sont également constatés à un âge plus avancé. Même si une analyse secondaire a été réalisée sur des données allant jusqu’à l’âge de 8 ans, on ne peut exclure une sous-estimation du nombre de diagnostics. De plus, les analyses sont basées sur des données rétrospectives issues de bases de données hospitalières. Certains diagnostics posés en milieu ambulatoire pourraient ne pas avoir été enregistrés, ce qui pourrait également conduire à une sous-estimation du nombre de cas.
Pour certains critères d'évaluation, un RH significativement inférieur à 1,00 a été détecté, ce qui suggère un risque moindre malgré une exposition plus élevée à l'aluminium. Les auteurs ne donnent toutefois aucune explication à cette observation.
Enfin, pour les maladies rares, le nombre decas était insuffisant, ce qui signifie que la puissance statistique pourrait être insuffisante pour détecter de faibles différences de risque.
Pour obtenir une liste actuelle de tous les vaccins (et autres médicaments) contenant de l'aluminium, tapez « aluminium (excipient) » dans la barre de recherche du Répertoire. La présence d'aluminium est signalée au niveau de la spécialité. Nous vous donnons un aperçu des spécialités concernées en fin d’article.
Vaccins antiviraux
Vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) : Cervarix® et Gardasil 9® (voir Répertoire)
Vaccin contre l'encéphalite à tiques : FSME Immun® (voir Répertoire)
Vaccin contre l'encéphalite japonaise : Ixiaro® (voir Répertoire)
Vaccins antibactériens
Vaccin contre le méningocoque B : Bexsero® et Trumenba® (voir Répertoire)
Vaccin contre le méningocoque C : Neisvac-C® (voir Répertoire)
Vaccin antipneumococcique PCV13 : Prevenar 13® (voir Repertorium)
Vaccin antipneumococcique PCV15 : Vaxneuvance® (voir Répertoire)
Vaccins combinés
Vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche (adolescent et adulte) : Boostrix® et Triaxis® (voir Répertoire)
Vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite (adolescent et adulte) : Boostrix Polio® et Triaxis Polio® (voir Répertoire)
Vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite (nourrisson et enfant) : Infanrix-IPV® et Tetravac® (voir Répertoire)
Vaccin diphtérie-tétanos-poliomyélite (adolescent et adulte) : Revaxis® (voir Répertoire)
Vaccin hexavalent (nourrisson) : Hexyon® et Vaxelis® (voir Répertoire)