Messages clés
En juin 2026, une deuxième révision approfondie du guide de pratique du WOREL relative à la prise en charge des troubles du sommeil et de l’insomnie chez les adultes en médecine générale a été publiée. Cet article présente un bref résumé d’un certain nombre de recommandations concernant la prise en charge non médicamenteuse et médicamenteuse des troubles du sommeil et de l’insomnie, ainsi que le sevrage des somnifères. Pour un aperçu complet de toutes les recommandations, y compris le diagnostic, le suivi pluridisciplinaire, la prise en charge dans les maisons de repos et de soins, et les indications pour une prise en charge spécialisée, nous renvoyons au guide de pratique du WOREL.1
Une approche non médicamenteuse par paliers constitue la base du traitement des troubles du sommeil et de l’insomnie.
Chez les personnes âgées, la même approche est adoptée, adaptée à leurs capacités cognitives et physiques.
Même lorsqu’un somnifère est exceptionnellement prescrit, il reste essentiel de privilégier l’approche non médicamenteuse.
Le guide de pratique révisé confirme qu’il est préférable de ne pas prescrire de somnifères aux patients souffrant d’insomnie aiguë ou chronique qui ne sont pas en situation de crise et qui sont éligibles à une prise en charge multimodale, combinant soutien comportemental, psychologique et éducatif, ainsi qu’un suivi régulier. Les somnifères n’améliorent les paramètres du sommeil que dans une mesure limitée, augmentent le risque d’effets indésirables et de dépendance, et peuvent ébranler la motivation nécessaire au changement de comportement.
Selon les auteurs, un traitement de courte durée par un somnifère (une semaine au maximum), à la dose la plus faible possible, ne peut être envisagé qu’en cas d’insomnie aiguë et sévère accompagnée d’une souffrance importante. Une utilisation prolongée (plus de quelques semaines) entraîne une tolérance et une dépendance, avec un risque de symptômes de sevrage graves et d’insomnie de rebond à l’arrêt du traitement. Il est recommandé de convenir dès le début du traitement d’une stratégie d’arrêt claire et de prévoir une consultation de suivi au bout d’environ une semaine.
Comme somnifère, on peut envisager une benzodiazépine à durée d’action intermédiaire ou une Z-drug. Les benzodiazépines qui ont une longue demi-vie, telles que le diazépam et le nitrazépam, doivent être évitées en raison du risque d’effets de « gueule de bois ».
Chez les personnes âgées de plus de 65 ans, les somnifères doivent, selon les recommandations, être réservés aux situations exceptionnelles. Le bénéfice clinique chez les personnes âgées est limité et l’emporte rarement sur la sensibilité accrue aux effets indésirables graves, tels que les troubles cognitifs, les chutes et les fractures.
Le guide de pratique révisé se prononce également sur d’autres médicaments utilisés pour traiter l’insomnie.
L'utilisation prolongée de somnifères n'apporte aucun bénéfice durable avéré et augmente notamment le risque de chutes, de fractures et de dépendance. Selon le guide de pratique, une demande de renouvellement d’ordonnance constitue donc un moment opportun pour réévaluer l’utilisation et discuter avec le patient des avantages d’un arrêt progressif. Le guide de pratique recommande de donner la priorité aux personnes chez lesquelles on peut espérer le plus grand bénéfice pour la santé, telles que les personnes âgées polymédiquées.
Pour le sevrage, le guide de pratique conseille d’envisager une prise en charge multimodale, comprenant l’éducation du patient, une réduction progressive de la posologie et la TCC-I, complétées par un suivi régulier. L’ajout d’autres médicaments pendant le sevrage est déconseillé, sauf lorsqu’une comorbidité spécifique le justifie. Pour le sevrage progressif des benzodiazépines et des « Z-drugs », il est notamment possible de recourir au programme de sevrage de l’INAMI, dans le cadre duquel le médecin, le pharmacien et le patient collaborent et où la dose est progressivement réduite grâce à des préparations magistrales (voir Folia avril 2025).
Le guide de pratique propose également de nombreux outils pour mettre en œuvre ces recommandations, tels qu’un journal du sommeil et des brochures sur le sommeil, le cercle vicieux du sommeil de mauvaise qualité, le contrôle du stimulus et la restriction du sommeil.
Ces outils sont disponibles sous forme d’annexe du guide de pratique sur le site web du WOREL, ou via le site web www.usagepsychotropes.be.
La consommation de somnifères reste élevée en Belgique.1 Des recommandations actualisées précisant dans quelles situations ces médicaments sont indiqués ou non, ainsi que les modalités de réduction progressive d’une consommation de longue durée, restent donc pertinentes dans la pratique.
Un somnifère peut apporter une légère amélioration temporaire en cas d’insomnie aiguë et sévère, mais il ne s’attaque pas aux causes sous-jacentes. De plus, une utilisation initialement prévue à court terme peut facilement se prolonger au long cours, avec les risques que cela comporte. Les conditionnements disponibles constituent un obstacle pratique à la recommandation de ne prescrire des somnifères que pour une durée maximale d’une semaine.
Le sevrage des benzodiazépines et des « Z-drugs » fait l’objet d’une attention justifiée dans ce guide de pratique révisé. Ce dernier considère la demande de renouvellement d’ordonnance comme un moment opportun pour évaluer l’utilisation du médicament. Par contre, le recours à une éventuelle « lettre d’aide à l’arrêt » n’est pas mentionnée. Il s’agit d’un document contenant des conseils pratiques sur la manière d’arrêter le somnifère, qui est remis au patient. La « lettre d’aide à l’arrêt » est recommandée par la directive NHG2 pour les patients qui prennent la posologie journalière habituelle (ou moins). Pour les patients qui prennent des doses plus élevées, qui ne parviennent pas à arrêter le traitement après la « lettre d’aide à l’arrêt » ou qui souhaitent un accompagnement supplémentaire, la directive NHG recommande un sevrage accompagné, ce qui correspond à la prise en charge multimodale de sevrage préconisée ici dans le guide de pratique révisé du WOREL.
Pour ceux qui souhaitent entamer un sevrage des benzodiazépines, nous vous renvoyons à notre formation en ligne « Sevrage des benzodiazépines ».
1. Van Thienen K, De Coninck L, Goossens M, et al. Prise en charge multimodale des troubles du sommeil et de l’insomnie. WOREL juin 2026.
2. Bhogal-Statham M, Damen Z, Greving J et al. Slaapproblemen. NHG-standaard (dernière mise à jour : janvier 2026)