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L’hyponatrémie est un effet indésirable connu des antidépresseurs appartenant aux inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et aux inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN), tels que la venlafaxine. Quelle est l’importance de ce risque, et quand est-il le plus élevé ? Une large étude observationnelle suédoise chez de nouveaux utilisateurs d’un ISRS ou de la venlafaxine a recherché le risque d’hyponatrémie grave, avec des analyses de sous-groupes en fonction de l’âge et du sexe.
On définit généralement l’hyponatrémie comme une natrémie inférieure à 135 mmol/l et une hyponatrémie grave comme une natrémie inférieure à 125 mmol/l. Les principaux symptômes d’une hyponatrémie grave sont des nausées, des vomissements, des troubles de la conscience et de l’équilibre, de la fatigue et des convulsions, ceci par œdème des cellules cérébrales.
De nombreux médicaments peuvent provoquer ou favoriser une hyponatrémie. Ce risque est accru en présence d’autres facteurs de risque.
Facteurs de risque : entre autres troubles de la fonction rénale, insuffisance cardiaque, cirrhose hépatique, insuffisance surrénale, apports hydriques augmentés (notamment en période de forte chaleur), natrémie déjà diminuée, et prise concomitante d’autres médicaments hyponatrémiants. Les personnes âgées sont particulièrement sensibles en raison de leur fonction rénale déjà diminuée et d’une polymédication fréquente.
Les ISRS et les IRSN font partie des médicaments pouvant provoquer une hyponatrémie (voir aussi Folia juin 2016). Jusqu’à présent, le risque d’hyponatrémie avec ces antidépresseurs était basé sur des études observationnelles incluant un nombre limité de participants. Une large étude de cohorte publiée récemment a étudié spécifiquement ce risque.1
L’étude était basée sur un registre suédois, la Stockholm sodium cohort, incluant les habitants de la région de Stockholm chez qui la natrémie a été mesurée entre 2005 et 2018 (n=1 632 249).
Dans ce registre on a identifié les personnes qui ont utilisé pour la première fois un ISRS ou la venlafaxine entre le 1er janvier 2007 et le 30 septembre 2017 (n=234 217).
Chaque patient était son propre témoin et on a comparé l’incidence d’une hyponatrémie grave (définie comme une natrémie inférieure à 125 mmol/l) lors de 4 périodes différentes de 3 mois :
Dans l’analyse primaire, l’incidence d’hyponatrémie grave a été comparée entre la période de référence et les autres périodes.
L’âge médian au moment de la date d’index était: 43 ans; 64% de femmes.
Pendant la période d’étude, 1,7% de la population étudiée a développé au moins une fois une hyponatrémie grave. Les patients avec une hyponatrémie grave avaient un âge médian de 73 ans et 65% d’entre eux étaient des femmes.
L’incidence d’hyponatrémie grave augmentait avec l’âge et était la plus élevée chez les femmes ≥ 80 ans. Les incidences après le début de la prise de l’antidépresseur étaient de :
Risque d’hyponatrémie grave par rapport à la période de référence (période 1) :
adjusted odds ratio: 2,8 (IC à 95% de 2,2 à 3,6), statistiquement significatif.
On ne peut exclure des biais et des facteurs confondants résiduels. L’étude est basée sur un registre, avec pour conséquence que la motivation pour mesurer la natrémie n’est pas connue.
Les résultats montrent étonnamment qu’au cours de la période juste avant le début de la prise de l’antidépresseur (période 2), le risque d’hyponatrémie grave était déjà augmenté, y compris après correction pour les facteurs confondants. Les auteurs constatent qu’une hospitalisation et une co-morbidité (p.ex. insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral) survenaient plus fréquemment pendant cette période, et que ces facteurs peuvent expliquer en partie le risque accru (NB CBIP : p.ex. par surcharge volémique ou utilisation de diurétiques).
Dans le groupe des IRSN, cette étude n’a examiné que la venlafaxine. La duloxétine n’a pas été étudiée. Les auteurs de l’étude considèrent que, sur base des études de petite taille, l’existence d’un risque d’hyponatrémie avec la duloxétine n’est pas claire. Nos sources (Martindale, RCP, Kompas) et les Folia de juin 2016 mentionnent aussi un risque d’hyponatrémie pour la duloxétine.
Cette étude a aussi été discutée dans le Journal Watch2 avec le commentaire suivant :
Conclusion du CBIP : Bien que dans cette étude on ne peut exclure des facteurs confondants résiduels, l’association forte montre qu’après le début de la prise d’un ISRS ou IRSN, il est conseillé d’être particulièrement vigilant à la survenue d’une hyponatrémie, surtout chez les femmes âgées.
1. Isaa I. et al. The association of selective serotonin reuptake inhibitors and venlafaxine with profound hyponatremia. European Journal of Endocrinology 2025; 193: 179-187 (doi: 10.1093/ejendo/Ivaf140)
2. Post SE. Are antidepressants associated with severe hyponatremia ? Journal Watch 2025 August 21